1 2
#burnout

04/02/2026

#burnout

Selon la définition retenue par la Haute Autorité de santé, le burnout est un “syndrome d'épuisement physique, émotionnel et mental qui résulte d’un investissement prolongé dans des situations de travail exigeantes sur le plan émotionnel”. Avec cette définition, le terme burnout ne concerne que la phase finale de ce que je considère plutôt comme un processus. 
Le problème avec cette définition, c’est qu’elle induit que tant qu’on n’est pas épuisé, tant que les souffrances ne sont pas prolongées, alors on n’est pas en burnout. Voir les choses de cette façon nous pousse à négliger les signaux faibles, et nous empêche de prendre des mesures pour stopper l'engrenage : on se rassure à coups de “ça va passer”, sans forcément mettre en place des solutions qui peuvent nous soulager, parce que, à mon sens, cette définition réductrice nous fait croire que tant qu’on n’est pas au bout de nos forces, on n’est pas concerné. 

 

Il est pourtant crucial d’agir dès les premiers signes de mal-être au travail. Pour prendre une comparaison imagée, il vaut mieux vérifier l’état de la voiture et du réservoir d’essence avant de faire un trajet, être sûr d’avoir un gilet de sécurité dans le coffre et un téléphone chargé au cas où il arrive un pépin, et de s’arrêter quand de la fumée sort du capot plutôt que de continuer à rouler jusqu’à ce que la voiture explose. Non ? Alors pourquoi quand on parle de santé mentale et non de sécurité routière, ce n’est pas aussi évident ? 

 

Pendant les 6 premières années de ma carrière professionnelle, j’ai remarqué à de nombreuses reprises que la plupart des gens qui voient de la fumée sortir de leur capot ne s’arrêtent pas, mais au contraire continuent de rouler, voire même accélèrent.  C’était le cas de Maya*, une de mes anciennes collègues en stage de fin d’études. A mon retour d’arrêt maladie, quand je suis revenue dans l’entreprise, j’ai expliqué aux personnes avec qui je travaillais la raison de mon absence de la manière la plus transparente possible. Et j’ai constaté que je n’étais pas la seule à être concernée par un tel mal-être au travail. Maya m’a dit “en ce moment je pleure tous les soirs en rentrant chez moi”. Interloquée, je lui ai demandé si elle en avait parlé avec les RH, si elle bénéficiait d’un soutien psychologique à l’extérieur ou si elle avait trouvé d’autres solutions, et elle m’a simplement répondu : “qu’est-ce que ça changerait ? Ça va passer de toute façon”.

 

Pourquoi un tel fatalisme ? 


Maya n’est pas la seule que j’ai vue comme ça. En fait, la majorité des personnes avec qui j’ai pu échanger sur ce sujet ont sensiblement le même discours : “ça va passer”, “je n’ai pas besoin d’aide”, “c’est normal d’avoir des périodes difficiles”, “je ne peux rien y faire” etc.
MAIS AU CONTRAIRE ! Je suis persuadée non seulement qu’on peut y faire quelque chose, mais qu’en plus c’est absolument nécessaire pour ne pas tomber dans la spirale infernale du burnout. Et si en effet parfois avec un peu de chance ça finit effectivement par passer, ne vaut-il pas mieux prévenir que guérir ? N’est-il pas préférable de protéger sa santé en toutes circonstances plutôt que de l’exposer à des risques qui sont évitables ?

 

C’est tout l’objet de cet article : vous donner des clés pour aller mieux, même quand ça va pas trop mal. Parce qu’il est plus facile d’améliorer une situation pas trop dégradée, plutôt que de réparer des dommages répétés et parfois irréversibles.

 

Pour vous permettre de comprendre les différentes phases par lesquelles on passe avant d’en arriver au burnout, voici les différentes étapes que j’ai identifiées, selon mon expérience personnelle et les échanges que j’ai eu. A chaque étape, je vous donne les conseils que j'aurais aimé avoir pour gérer ça au mieux.

 

La première étape va sans doute vous surprendre : tout va bien ! Parce que oui, 100% des personnes qui ont fait un burnout allaient bien, au début. Et cette phase peut durer des années, et même si on a de la chance, toute une vie. On est dans un travail qui nous plaît, on se sent plein d’énergie et prêt à relever tous les défis. Nos efforts portent leurs fruits, on est félicité, et si quelques difficultés surgissent, on a toutes les ressources nécessaires pour y trouver une solution, sans peine. Donc oui, vraiment, tout va bien !


Mon conseil : profitez-en !

 

La deuxième étape arrive doucement, et très souvent, elle est perçue comme positive, alors même qu’elle devrait déjà alerter. C’est l’étape où, motivés par nos réussites, nous en voulons plus. Notre entourage professionnel a remarqué combien nous sommes investis, fiables et efficaces. Petit à petit, la charge de travail s’intensifie, les missions qui nous sont confiées sont plus complexes, mais tout ça fait partie de notre “montée en compétences”, et c’est notre but après tout, de gravir les échelons et de montrer notre valeur. Et l’erreur que nous faisons généralement, c’est de vouloir garder le même rythme, alors que la pente augmente. Forcément, ça commence à tirer sur la corde.  


Mon conseil : prendre du recul en analysant la situation de manière objective.

Par exemple, se poser les questions suivantes : 

  • Est-ce que ma charge de travail est plus importante qu’il y a quelques semaines ?
  • Si oui, est-ce temporaire ?
  • Est-ce que je peux prendre plus de temps pour réaliser ces tâches plus complexes ?
  • Si non, pourquoi ? Est-ce que j’arrive à ne pas penser au travail à la maison, ou le week-end ?
  • Est-ce que je dors aussi bien qu’avant ?
  • Est-ce que je digère aussi bien qu’avant ?
  • Est-ce que je me sens stressé.e (même du “stress positif") ? 

Ces questions aident à relever la tête du guidon, permettent d’être plus attentifs à nos ressentis et de conscientiser les changements qui se produisent. Il est important d’être à l’écoute de soi, parce que nous ne réagissons pas tous de la même façon aux mêmes situations, et que l’on peut parfois se laisser entraîner par le rythme des autres, en oubliant le nôtre. L’important est d’être à l’écoute des signaux faibles, et de ne pas laisser perdurer une situation qui ne nous rend pas totalement épanouis.

 

La troisième étape arrive quand les situations complexes s’accumulent, et qu’on n’a pas trouvé de solution pour les gérer confortablement. Ici, j’insiste sur la nécessité que les solutions trouvées doivent être confortables pour nous, c’est-à-dire qu’on puisse utiliser les outils et les ressources qui sont les plus naturels pour nous, qui nous demandent le moins d’efforts possible. Un problème ne sera pas résolu, et risque même d’en entraîner d’autres, si sa solution n’est pas naturelle et facile à mettre en place pour nous.

Par exemple, un de mes anciens collègues, Alexandre*, m’a contactée récemment parce qu’il est sur un nouveau projet très complexe, et qu’il est surchargé de travail. Il en a parlé à sa hiérarchie, qui lui a donné la solution suivante : embarquer un stagiaire avec lui pour permettre à Alexandre de déléguer une partie de ses tâches. Le souci, c’est que cette solution rend la situation encore plus inconfortable pour Alexandre, puisque devoir former le nouvel arrivant et le superviser lui ajoute des obligations supplémentaires. On voit bien ici l’importance de trouver des solutions vraiment alignées avec nos besoins. Dans un prochain article, je vous expliquerais comment j’ai aidé Alexandre à résoudre son problème de surcharge de travail, avec des solutions vraiment adaptées à sa situation.


Mon conseil : chercher des solutions vraiment naturelles pour vous, et ne pas hésiter à me contacter si vous avez besoin d’aide pour les trouver ;)

 

La quatrième étape, c’est le début du basculement, quand le stress devient chronique. Les situations complexes s’accumulent, durent dans le temps, les rares moments de pause ne permettent pas de récupérer. Le travail occupe toute la place, on n’a plus le temps de faire autre chose. Fatigue physique et surcharge émotionnelle se combinent et nous rendent irritables, à fleur de peau. Les signes sont sans équivoque : estomac noué en allant au bureau, migraines, perte ou gain d’appétit soudain et sans mesure, réactions cutanées… Et pourtant, malgré l’alarme, on est dans le déni. On veut tenir, on se dit que ça va passer, que ça ira mieux demain. Quand les autres nous proposent de l’aide, on refuse, on dit qu’on n'en a pas besoin. Et pourtant, on se sent vide, on se sent nul, on ne comprend pas pourquoi on n’y arrive plus. On travaille plus, et pourtant on a moins de résultats. Les félicitations et la reconnaissance sont absentes depuis longtemps. Et au lieu de s’arrêter, pour comprendre ce qui ne va pas et changer notre façon de faire, on persiste, on pousse encore la machine, pour prouver qu’on peut y arriver.


Mon conseil : s’arrêter avant d’être arrêté. Un arrêt maladie choisi et non pas imposé. Une pause nécessaire et méritée. Pas un week-end, pas des vacances, mais un véritable congé thérapeuthique. C’est le moment où il faut utiliser le peu de lucidité qu’il nous reste pour se dire “ce n’est pas normal, là, il faut que j’arrête avant qu’il ne soit trop tard”. Se reposer. Et se faire accompagner. 

 

La cinquième étape, c’est le basculement total, le burnout. C’est l’effondrement physique et mental. Cela peut se manifester de différentes manières en fonction des personnes, mais toujours brutalement.

Par exemple, moi, un matin, je n’ai plus réussi à me lever de mon lit. C’était physiquement impossible que j’aille travailler. Mon corps ne suivait plus les ordres que mon cerveau donnait. J’étais tétanisée.

Une de mes collègues m’a dit qu’elle, elle n’arrivait plus à envoyer de mails. Elle était sur son ordinateur, elle devait envoyer un mail comme elle le fait une centaine de fois par jour, et pourtant, ce jour-là, elle ne savait plus comment faire. Son cerveau était bloqué.

Quand on en arrive à cette étape, l’arrêt n’est plus une option. C’est juste la seule chose possible. Et là, le plus difficile commence. Quand l’arrêt est imposé, le mécanisme de destruction est déjà en place, on ne peut plus le stopper. On entre dans un tunnel, et on n’a aucune idée de s’il a une fin.


Mon conseil : sincèrement, pour avoir vécu cette phase-là, je sais qu’il n’y a aucun conseil à donner. Chacun fait du mieux qu’il peut pour traverser cette épreuve. Généralement, à part dormir, il n’y a rien d’autre que l’on puisse faire. Le corps est à bout, et cette fois, on n’a pas d’autre choix que de l’écouter. Je donnerais plutôt un conseil à l’entourage d’une personne en situation de burnout : soutenez-la, même si vous ne comprenez pas. Ne donnez pas de conseils, ne lui suggérez pas de solutions pour aller mieux, car cette fois, ça n’a plus d’utilité pour le moment. Il n’y a rien d’autre à faire que d’attendre, en étant là, en soutien, dès que la personne en a besoin. 

 

Pour aller plus loin, et évaluer finement votre degré de burnout, je vous propose ce test très accessible qui vous permettra de dresser un état des lieux rapide de votre santé mentale au travail : https://www.mgfrance.org/images/utilitaires-medicaux/test-maslach_burn-out.htm


Et rappelez-vous, même si tout va bien pour l’instant, restez vigilants, car les différentes étapes du burnout peuvent s'enclencher très rapidement.

 

Ma ligne directe est toujours ouverte si vous souhaitez échanger sur votre situation personnelle : https://calendly.com/bonneheurecoaching/30min?month=2026-02

 

Prenez soin de vous ! Donnez le meilleur de vous-mêmes, sans y laisser le meilleur de vous-mêmes.

*prénoms modifiés

#santementaleautravail

19/01/2026

#santementaleautravail

 

J’ai commencé à m’intéresser au concept de bien-être au travail courant 2018, lorsque j’ai visionné le reportage Le bonheur au travail, réalisé quatre ans plus tôt par Martin Meissonnier. Dès l’introduction, les chiffres présentés me frappent : seulement 11% des salariés français seraient heureux d’aller travailler, alors que 61% d’entre eux sont désengagés (ils travaillent pour payer les factures), et 31% sont même “activement désengagés” selon le terme consacré, c’est-à-dire que leur malheur au travail est si fort qu’ils viennent au travail avec l’intention de saboter ou détruire. Je m’interroge alors sur les causes de ce mal-être à priori très prégnant, et quelques mois plus tard, je découvre une partie du problème.


Nous sommes début 2019. A cette période, je suis étudiante en école de commerce, et je souhaite effectuer ma dernière année de Master en alternance, histoire d’avoir une première expérience professionnelle assez solide avant de rentrer définitivement sur le marché du travail. J’ai donc regardé les offres d’emploi proposées par les entreprises qui me faisaient rêver, et je dois avouer que ma surprise fut grande lorsque j’ai vu que plusieurs d’entre elles inscrivaient dans leurs descriptifs de poste des phrases comme “Vous êtes prêt(e) à vous investir totalement dans un environnement complexe”, “travailler souvent dans l’urgence”, “être soumis à une forte pression”, et annoncer fièrement que l’entreprise en question “vous offre [cette] opportunité unique”...

Personnellement, non merci pour cette “opportunité” ! 


Je décide de rédiger un article pour alerter sur ce sujet, et je postule (et je suis acceptée !) dans une entreprise qui se dit engagée en faveur du bien-être au travail, de l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, élue plusieurs fois Great Place to Work (un label qui distingue les organisations où “il fait bon travailler”), et qui annonce “placer l’humain au coeur”.


Cependant, je me suis vite rendue compte que même si les ambitions affichées sont louables et pleines de bonne volonté, il est souvent difficile de créer et / ou de pérenniser une culture d’entreprise véritablement alliée du bien-être au travail
Et non, ni l’afterwork pizza du jeudi soir ni la salle de sieste au 5e étage ne peuvent suffire. De même que la création d’un poste de Chief Happiness Officer, concept inventé dans les années 2000 dans la Silicon Valley par Chade-Meng Tan et arrivé timidement en Europe presque vingt ans plus tard, n’a pu, de la façon dont il a été traduit en France, réellement et durablement améliorer la culture des entreprises et atténuer la vague de burn-out que la crise sanitaire nous a fait connaître, et qui continue de s’amplifier.


Au cours des six dernières années, mon parcours professionnel m’a rendue témoin de situations que je trouve intolérables. De jeunes stagiaires sous pression constante, qui me disaient “rentrer chez eux le soir avec les larmes aux yeux”, des managers avec sept années d’expérience qui partent en congé maladie à durée indéterminée en plein milieu d’une mission pour une entreprise du CAC 40, des responsables des ressources humaines dépassés par les RPS (Risques Psycho Sociaux) et leurs conséquences. 


Autant de vécus qui me poussent aujourd’hui à agir. Parce que la santé mentale au travail n’est pas un luxe mais bien une nécessité, d’ailleurs inscrite dans le Code du Travail comme obligation légale, il est plus qu’urgent de se saisir de ce sujet et de proposer des solutions concrètes aux entreprises et aux personnes qui y travaillent, pour permettre à chacun de donner le meilleur de soi-même, sans y laisser le meilleur de soi-même.